Archimède : "Ma vie précédente ? C’était pour manger !"

Archimède : "Ma vie précédente ? C’était pour manger !"

Le compromis Oasis / Dutronc semble le bon, Archimède rêve d’une pop yéyé forcément respectueuses de ses glorieux aînés sixties, mais avec des textes contemporains, et surtout, irrespectueusement drôles. Leur deuxième album s’appelle Trafalgar et leur premier single baffe définitivement Jacques Séguéla. C’est assez jouissif pour qu’on ait eu envie de les interviewer.

Par Christian Eudeline
Photo : Fabrice Demessence

 

Quels sont les disques qui ont bercé votre adolescence ? 
Nicolas Boisnard : Notre père nous a beaucoup fait écouter Dutronc et Antoine quand j’étais petit.
Frédéric Boisnard : Moi c’était plutôt les pionniers du rock Buddy Holly, Gene Vincent Chuck Berry que j’écoutais quand j’avais 10 ans. On a infusé tout cela et ça doit se ressentir, j’écoute encore ça aujourd’hui.

Et les premiers disques que vous achetez avec votre propre argent de poche ?
Nicolas Boisnard : Petit je me foutais complètement de la musique pour être honnête, ce n’est que vers l’adolescence que j’ai écouté Tonton David, NTM, du rap. Ensuite je me suis tourné vers Supergrass, Verve, Oasis.
Frédéric Boisnard : Moi c’est surtout Oasis qui m’a fait écouter ces groupes de revival, j’ai creusé là-dedans à fond grâce à eux. Avant c’était du rock and roll, du Beatles et du Who et c’est à peu près tout. J’ai aussi beaucoup écouté Jean-Jacques Goldman, car je pense que c’est un bon mélodiste.

On a l’impression que l’ombre d’Oasis reste penchée sur vos épaules.
Nicolas Boisnard : Surement de toute façon c’est un groupe qu’on a écouté et aimé, en même temps on n’aime pas cette estampille car notre musique ne ressemble pas à Oasis et on n’a surtout pas la prétention d’être aussi géniaux que ce groupe qu’on a aimé. C’est comme des séquelles, on aimerait bien s’en débarrasser complètement, mais c’est constitutif aussi de ce qu’on a été, de ce qu’on a écouté. Mais j’ai l’impression qu’on a fait plus table rase de cet héritage-là dans ce second album, il n’y a pas de titre Oasis. Le fait d’écrire en français c’est aussi ça l’enjeu, s’en démarquer.

Ce que j’appellerai le côté poil à gratter, une phrase comme "Qu’importe que tu ne sois qu’un looser, Sans Rolex à ton bras, L’important c’est ton bras…" c’est un clin d’œil à l’actu. Comment vous bossez ?
Nicolas Boisnard : J’essaye d’avoir les sons, le mot, je travaille avec une application sur mon iPhone, une sorte de dictaphone que j’ai toujours avec moi. C’est de l’euphonie, il faut que ça sonne avant tout, après j’essaye de travailler de sculpter le sens. Mais sinon on est beaucoup plus de l’école Jacques Lanzmann que de celle du rock alternatif, c’est un peu poil à gratter, mais on reste un  groupe dégagé comme disait Lanzmann et Dutronc. On n’est pas dans une volonté de brandir le poing, pour autant on a joué avec François Hadji-Lazaro (ex Garçons Bouchers, Pigalle), on a adoré son concert, Noir Désir aussi. Nous ce sera plus un côté yéyé je me fous de ta gueule, un peu ironique carnassier.
Frédéric Boisnard : Les débuts de Renaud aussi, quand il était dans le social aussi, mais toujours avec cet angle amusant.

Est-ce qu’il y avait des groupes avant vous à Laval ?
Frédéric Boisnard : Il y a un groupe qui a percé régionalement, c’était Whitehead, mais c’était une scène très rock, pas pop.
Nicolas Boisnard : C’était au moment de Rage Against The Machine en fait, donc pareil, c’est pas notre culture pop à nous, mais notre manager jouait dans ce groupe. Et Maël aussi qui a été signé chez EMI.

Est-ce une chance d’être le seul groupe de rock à Laval ou un fardeau ?
Nicolas Boisnard : C’est une chance parce que Laval c’est petit, on ne sort pas beaucoup et on a donc du temps pour écrire nos chansons. On peut comparer avec l’un des musiciens du groupe qui est parisien et qui est sans cesse sollicité. Par contre, il ne faudrait pas que l’on soit estampillé groupe de Laval, on joue aussi beaucoup en extérieur, il ne faudrait pas que cette appartenance à une ville se retourne contre nous.

Mais le côté yéyé n’est-il pas devenu provincial ?
Nicolas Boisnard : Alors qu’à l’époque c’était typiquement parisien… Tu as peut-être raison. Mais je pense qu’on est vraiment attaché à ça, il n’y a aucun calcul de ma part, je ne raisonne jamais en terme de chance ou de malchance par exemple, j’adore Paris, mais je n’ai aucun fantasme de venir y habiter.  
Frédéric Boisnard : L’avantage qu’on a c’est que l’on est quand même en province, dans une région tranquille, à une heure et demie de Paris. Donc quand on va bosser, on a en nous ce côté vacances, on vient à Paris, ça nous met de bonne humeur. Ce n’est que positif.
Nicolas Boisnard : Paris est exotique pour nous, nous n’en connaissons aucune galère.

Est-ce que vous avez donné envie à d’autres groupes ?
Nicolas Boisnard : Il y en a plein qui nous écrivent pour assurer notre première partie, mais de partout, des quatre coins de la France, et on est vachement fiers de ça. J’ai l’impression qu’il y a une scène pop, mais qu’elle a du mal à percer sur le plan national, c’est un genre difficile remarque, soit c’est de la chanson française très traditionnelle, soit des trucs rock and roll, et la question c’est : Est-ce qu’il y a de la place pour de la pop en France aujourd’hui ? Il y a un groupe avec lequel on a beaucoup d’affinités : Marshmallow, ils sont de Clermont-Ferrand.

Il y a un titre profession de foi "Est-ce que c’est juste" avec cette phrase : "D’avoir une vie comme la mienne, De me lever à l’heure que je veux, Tous les matins…" Frédéric tu travaillais à la banque, as-tu des regrets d’une vie normale et bien réglée ?
Frédéric Boisnard : Aucun. Nico et moi on fait de la musique depuis toujours, même quand je travaillais à la banque, la première chose que je faisais le soir en rentrant, c’était de prendre ma guitare et filer chez Nico pour bosser sur des reprises et commencer à écrire des chansons. Ma vie précédente c’était pour manger.
Nicolas Boisnard : Moi j’ai aussi tâté un peu du monde de l’entreprise, j’ai été journaliste, prof de philo… C’était plus cyclique. J’ai cette vision-là de la vie que l’on ne peut avoir le même travail toute sa vie, qu’il y a des cycles.
Frédéric Boisnard : L’idée c’est aussi de montrer à ceux qui en doutent qu’il faut suivre ses envies, que le bonheur est à portée de mains.
Nicolas Boisnard : On a une chanson comme ça non ? (NDR : Le leitmotiv du premier single de l’album est "Le Bonheur est à la portée de tous…")

Vous n’avez pas le même caractère, je me trompe ?
Frédéric Boisnard : Nico a toujours été un peu plus rebelle que moi, surtout vers l’adolescence… Moi j’étais beaucoup plus sage.
Nicolas Boisnard : La teigne on m’appelait !

La première fois que vous vous produisez en public ?
Frédéric Boisnard : Sur les marches du théâtre à une Fête de la Musique, je joue de la guitare.
Nicolas Boisnard : Et moi je chante.

Il y a combien de temps ?
Nicolas Boisnard : Dix ans.
Frédéric Boisnard : Ha non, bah tu peux le dire, moi j’avais 17-18 ans, on était hyper jeunes. Il y a plus de quinze ans on va dire...

C’était des reprises ?
Frédéric Boisnard : Du Renaud, du Beatles, du Oasis. On a commencé vraiment comme ça. Ensuite il y a eu un groupe.

Qui s’appelait comment ?
Frédéric Boisnard : Deviation, mais ça n’a abouti à rien.
Nicolas Boisnard : On n’a jamais vraiment fait de concerts.
Frédéric Boisnard : On est resté dans un garage en fait, on n’a jamais eu la chance de se produire, c’est pour cela qu’on a oublié cette période-là.
Nicolas Boisnard : Ensuite il y a eu un laps de temps, on s’est arrêté et puis on est reparti.

Pour ne plus s’arrêter ?
Nicolas & Frédéric Boisnard : On espère !

Propos reccueillis par Christian Eudeline